mercredi 10 février 2010

Le rapport Karski : une bien triste polémique







Fiction et histoire: les romanciers ont-ils tous les droits ?© AFP/archives - Janek Skarzynski

La polémique autour du livre de Yannick Haenel sur le résistant polonais Jan Karski a été alimentée à ce jour principalement par Claude Lanzmann (auteur du monumental et irremplaçable "Shoah" diffusé à quatre reprises à la télévision Française, 1987 /1993 /1998/2010. oeuvre capitale pour témoigner de l'extermination des Juifs en Europe).

Je ne comprends pas la violence des attaques de Lanzmann. Notamment lors du préliminaire à la diffusion de la seconde partie de Shoah sur Arte il y a deux semaines de cela. Ses propos étaient déplacés. Il se plaçait en seul garant de la vérité historique de la shoah, comme seul garant du respect de la parole du catholique Karski. C'est faire peu de cas de la réduction des 8 heures de shoot à 40 mn dans le film. Le montage est ainsi fait que l'on ne peut retenir tous les rushes. Mais comment expliquer que Lanzmann n'est remonté les rushes Karski que fin 2009 ? afin de répondre à une commande d'Arte me dira-t'on. Où est le respect de Karski quand on attend 30 ans pour lui consacrer un documentaire alors que le matériau brut est là ? Où est le respect de la parole de Karski quand on ne retient "que" son témoignage sur les ghettos et que l'on rejette le combat de Karski pour faire connaître aux dirigeants Alliés la réalité du cataclysme ? En prenant l'angle d'attaque de Lanzmann quand il critique Haenel, on pourrait critiquer Shoah. Qui s'y résoudrait, tant l'oeuvre est étouffante, inclassable, indispensable. Mais elle n'est ni l'oeuvre ultime ni l'oeuvre unique sur ce douloureux sujet, plaie européenne toujours pas cicatrisée. "Les survivants" de Patrick Rotman (2005) est lui aussi le fruit d'un travail de mémoire exemplaire. On peut également utilement citer le documentaire "Paragraphe 175" de 2000 (décrit les persécutions dont furent victimes les homosexuels sous le IIIième Reich. Le paragraphe 175 du code pénal en vigueur sous le Kaiser Wilhelm I fut ré-écrit par les nazis et publié en 1935).
Ainsi donc, un auteur de fiction ne serait-il pas autorisé à mettre en scène des personnages historiques, sauf à répéter l'histoire officielle (si tant est que cela soit raisonnable de figer l'Histoire, interdisant la relecture par les historiens de pièces d'archives). Pierre Assouline soutient que "Quand on met en scène de véritables personnages, on ne peut pas leur faire dire n'importe quoi" (déclaration à l'AFP).
La dernière partie de "Jan Karski" relève de la "pure invention", avertit Haenel. Il y imagine en particulier les dialogues du face-à-face, bien réel, de Karski avec le président Roosevelt qui semble totalement indifférent.

En août dernier, Yannick Haenel, co-animateur de la revue "Ligne de risque", et auteur notamment de Cercle, publie un roman intitulé Jan Karski, dans lequel il rend hommage au grand résistant polonais qui a été l’un des premiers à dénoncer l’extermination des Juifs et l’existence des camps de concentration. Appel qui, d’après Haenel, n’a pas "voulu" être entendu, laissant le messager Karski seul face à l’horreur.

Le roman de Haenel est conçu de manière peu conventionnelle : la première partie reprend les séquences de Shoah dans lequel Claude Lanzmann fait parler Karski. Le second chapitre est consacré au livre de Karksi : Story of a Secret State, paru en 1944 aux Etats-Unis et non encore réédité (prévu aux éditions Robert-Laffont). Enfin, le 3ème chapitre, le plus long et celui qui est précisément au centre de la polémique, fait place à la fiction. Haenel écrit ici ce qu’il pense être les réflexions personnelles d’un Karski désabusé, déçu par l’inertie des alliés, souffrant à jamais de n’avoir pu mener à bien la mission qui lui avait été confiée : sauver les Juifs et la Pologne.

Grand succès littéraire, le livre de Yannick Haenel publié aux éditions Gallimard a reçu le prix Interallié et le Prix du Roman Fnac en 2009.

Claude Lanzmann, lui, accuse Yannick Haenel d'avoir falsifié l'histoire. Comme si le romancier était sommé de respecter des schémas pré-établis. C'est justement la force des écrivains que de ne pas se laisser gagner par le conformisme. Qu'Haenel décrive la rencontre Karksi-Roosevelt en s'écartant totalement de ce que l'on sait de cette entrevue grâce à Karski lui-même, où est le souci ? On a à faire a un roman. Faut-il rappeler à Claude Lanzmann que nombre de publications d'historiens sont orientées, biaisées, malhonnêtes ? On a surtout l'impression en écoutant Lanzmann qu'il interdit à quiconque autre que lui de parler de la shoah. A 83 ans on a l'impression qu'il a été gagné par le gâtisme.
Un écrivain peut-il tout écrire ? c'est sa liberté, son droit. Le lecteur du livre d'Haenel prendra-t'il le récit pour vérité historique. On peut largement en douter. Il semble aujourd'hui impossible d'écrire sur cette période de l'histoire. Que l'on se rappelle Jonathan Littell et "les Bienveillantes". On peut être choqué par de tels livres. Mais vouloir réduire les écrivains au silence procède du fanatisme intellectuel, du fascisme ordinaire (ce sont les frères Garcias qui vont être contents en lisant cela ... un jour je ferai un post complet sur le fascisme ordinaire mais il faut travailler la forme). Pensez comme moi ou je vous anihilerai. Et puis notons que Lanzmann, comme Anette Wieviorka, ont l'indignation bien sélective. La dignité d'un homme ou d'une femme se mesure également à sa capacité à être cohérent. Qu'on se rapelle le combat de Germaine Tillon. Lanzmann fait malheureusement l'effet d'un être aveuglé. Une bien triste fin de vie. D'autant que l'angle de sa critique «La littérature doit ajouter de la vérité» est plus que critiquable et ne manquera pas de donner des arguments à l'extrême-droite française et européenne.

Arte diffusera en mars prochain un document de 52 minutes "Le rapport Karski" de Claude Lanzmann, montage de ses entretiens avec le résistant polonais.

Voir également :
www.mediapart.fr/journal/culture-idees/260110/yannick-haenel-defend-son-roman-jan-karski-face-aux-attaques-de-claude-lanzmann

http://www.lepetitjournal.com/content/view/48346/1091/

Merci à Juan Asensio pour son commentaire (le lien permettra d'avoir une toute autre lecture que la mienne de cette affaire). Je n'avais pas retrouvé la citation du Monde, faute d'avoir consacré suffisamment de temps à ce post. Et pourtant, vous pourrez jugez par vous-mêmes de cette violence et de ce manque de tolérance de Lanzmann :
«Ce petit jeune homme [Yannick Haenel] décrète que je ne comprends pas la littérature. Et il ose écrire : «Contrairement à ce tribunal de l'Histoire, d'où parle Lanzmann, la littérature est un espace libre, où la «vérité» n'existe pas.» Il n'est pas de phrase plus sotte. La littérature n'a affaire qu'à la vérité; si celle-ci n'est pas l'affaire de Yannick Haenel, c'est que Jan Karski, roman, et quoi qu'en dise Sollers, n'est pas de la littérature.»Claude Lanzmann dans Le Monde du 30 janvier 2010.
Voyez la tentive de rabaisser, d'humilier
1. "ce petit jeune homme". Ne vaut-il pas être un petit jeune homme qu'un vieux con ?
2. "il n'est pas de phrase plus sotte".

Je ne crois pas que critiquer Lanzmann revienne à avaliser le travail d'Haenel, encore moins à "jeter quelques mensonges supplémentaires sur les millions de cadavres de Juifs.". Ici encore, surenchère verbale qui n'élève en rien la discussion. Dans un monde on l'on entend certains (je pense notamment aux extrémistes de droite de la LDJ) traiter Rony Brauman ou Michel Warschawski d'antisémites, on peut s'attendre à tout même au plus inepte en terme de communication médiatique. Haenel a pris un certain parti, et s'il ne s'agit pas de littérature les bras m'en tombent. On peut être choqué, gêné, etc, en lisant tel ou tel livre. Voudrait-t'on revenir à la pratique des autodafés ?
Pour en revenir à l'article de Juan Asensio, puisqu'il faut être précis, ce ne sont pas quelques centaines de milliers de juifs qui furent assassinés dans le complexe unique d'Auchwitz-Birkenau (camp d'extermination + camp de concentration) mais 1 million (selon ma référence depuis 20 ans qui est le travail, controversé sur certains aspects, du regretté Raul HILBERG; voir annexe B, page 1045, édition de 1988 de "la destruction des Juifs d'Europe", publié chez Fayard).

Réponse de Yannick Haenel :
http://www.dailymotion.com/video/xbzl35_yannick-haenel-repond-a-claude-lanz_news

Identité Front-National ....

Ainsi donc il faudra que nos bambins chantent la Marseillaise dans les écoles de notre pôvre République agonisante sous les coups de boutoirs nationalistes du pouvoir. Et sans doute seront-ils sommés de trouver que la colonisation a été positive ... alors que les ressorts de cette entreprise abominable d'asservissement des peuples sont depuis longtemps connus, et justement dénoncés par sociologues et historiens.
Ainsi donc faudra-t'il , là où ça n'est pas déjà le cas (ce qui doit se limiter à fort peu,) afficher le drapeau français au fronton de nos sus-mentionnées écoles publiques. On croit rêver. Quand cessera-t'on de singer le programme xénophobe, raciste et antisémite du Front National. Il ne suffit pas de donner le change en allant, qui au dîner du CRIJF, qui à une réunion du CFCM, faisant par là le lit des communautarismes qui vont porter un coup grave au pseudo-universalisme français. En finir avec l'idéologie des Lumières, en finir avec les idéaux de la Révolution de 1789, en finir avec le programme progressiste du CNR, en finir avec l'esprit de mai 68 : tout cela a été annoncé. C'est dire si les idéologues du pouvoir aiment la démocratie, respectent les humbles, combattent pour les libertés, la justice pour tous et l'équité pour chacun. Trop c'est trop ! Basta ya, hombre !
Ainsi donc aucun dérapage n'aurait-eu lieu lors des pseudos-débats rances sur l'identité nationale. Le pouvoir n'est plus à un mensonge près.
Ainsi donc, faudra-t'il afficher la déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789 dans nos écoles. On a vu le résultat de la mesure quand elle fut appliquée aux commissariats de police. Il n'y a que peu de différences idéologiques entre les individus qui composaient la police de Vichy et les individus qui composent la police nationale. Exagération ? falsification de l'histoire ? non ! mettez ces policiers qui font du contrôle au faciès, qui jouent les shérifs en banlieue, qui ne voient rien à redire aux gardes à vues, placez-les donc dans un contexte historico-politique du type juin 1940, et vous verrez le résultat. L'hypothèse est plus qu'improbable, mais je veux dénoncer par là les pratiques scandaleuses de certains policiers français, et les idées scandaleuses d'un certain syndicat de police proche du FN. Les policiers ont jusque là été de bien fidèles relais des lois Perben 1 et 2, et de leurs suites Sarkozystes. Voyez aussi le traitement des "étrangers". sans papiers (ou avec). Voyez la peur qui suinte des consciences ... Etranger, mon ami, ne viens pas en France, cette France dont chaque jour j'ai honte. Reste dans ton pays, avec tes difficultés quotidiennes, la répression, les humiliations, tout cela vaudra toujours mieux qu'un séjour sur la terre du coq qui chante sur un tas de fumier; symbole fourre-tout que ce coq , n'est-il pas mon frère.
Ainsi donc une commission d'experts va-t'elle être mise en place ... Jaffray nous avait promis le fangeux ou le creux. On a eu le fangeux puis le creux, nous rappelait lundi matin sur France Culture Olivier Duhamel.
Etranger, mon frère, mon ami, toi qui fut fusillé pour l'exemple durant le premier conflit mondial, toi tirailleur algérien ou sénégalais, goumier marocain, spahi algérien ou marocain, zouave algérien qui fut sommé par la France de tirer sur des peuples insoumis, toi qui au sein des FTP MOI en 40-44 pris le risque de défendre une certaine idée de la France, toi qui a reçu une pension militaire de misère, toi l'écrivain qui vint ici attiré par une certaine idée de la France (libérale, libertaire, cultivée, universaliste), oublie la France au plus vite.
Anti-patriote ? je rappelle qu'aux USA, ceux qu'on a traité de tous temps d'anti-patriotes (période Mac Carthy, guerre du Vietnam, guerres du Golfe, guerre en Irak , guerre en Afghanistan) sont justement les seuls qui ont gardé un tant soit peu des idéaux des pères de la Nation.

Tout cela fait bien sûr partie de la stratégie médiatique sarkozyste, visant à s'assurer la maîtrise du calendrier. Cela n'en reste pas moins une honte; il n'en reste pas moins qu'il faut la condamner.

samedi 3 octobre 2009

En mémoire de Mehdi Ben Barka


A lire pour ceux qui croit encore que ce pays est une démocratie :

Le parquet de Paris a annoncé vendredi avoir demandé de suspendre la diffusion de l'émission de mandats d'arrêt lancés contre quatre responsables marocains dans l'enquête sur la disparition en 1965 à Paris de l'opposant et syndicaliste marocain Mehdi ben Barka, "dans l'attente de précisions demandées au juge d'instruction", a indiqué le cabinet du procureur. Le ministère public a précisé que ces précisions avaient été demandées par Interpol. "En effet, Interpol a demandé ces précisions afin de rendre les mandats d'arrêt exécutables. Sans ces précisions, ils sont inexécutables", a dit le cabinet du procureur. Il s'agit de permettre l'identification des personnes visées, dit-il.

Me Maurice Buttin, qui défend la famille Ben Barka depuis 1965, soupçonne une intervention politique pour empêcher un différend diplomatique entre la France et son ancien protectorat. "Le parquet bloque de nouveau la situation. Ca prouve comment les choses marchent en France. Alors qu'on veut supprimer le juge d'instruction au profit du parquet, on peut être très inquiet pour la justice", a-t-il dit.

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On est forcés de s'associer au ténace Me Buttin (d'une toute autre trempe que les hyper-médiatisés Me Gilbert Collard et Vergès. Un haut le coeur en lisant dans le dernier numéro de la Revue Française de Généalogie, un encart sur les origines des patronymes des grands avocats français du XXe : on mélange Me Robert Badinter, Me Soulez-Larivère et Me Gisèle Halimi, avec les Collard et Vergès !!!! ah bon, parce que défendre Pol Pot, Klaus Barbie, courir les plateaux télés, ça fait de vous un grand avocat ???). Oui Me Buttin a plus que raison d'être inquiet sur le sort fait à la Justice par la Sarkozye. Me Badinter, conscience morale, a depuis deux ans dénoncé les dérives de Sarko et ses affidés. Non que la Justice sous Chirac ait été une référence, mais force est de constater que Sarko met en pratique les menaces proférées durant la campagne de 2007 (voir à ce sujet l'opus de Serge Portelli), et que la Justice, les enseignants, les chercheurs, l'hôpital public, l'audiovisuel public subissent les foudres du névrosé Sarkozy. On a voulu nous faire croire que celui-ci était cool-zen-lexomil, et habitait sa fonction de président. Billevesées !!! Même devant des évidences (eg la remontée de bretelles à l'encontre de la pourtant très docile Arlette Chabot), le pouvoir nie que Sarko pète les plombs à longueur de semaines et qu'il est visiblement totalement inapte à exercer la fonction de Président de la République. L'appareil répressif de l'Etat est donc prié de rentrer en mode ébullition, écrasant les oppositions. Destitution du monarque en toute urgence !!! jusqu'à quand nos libertés individuelles et collectives vont-elles pouvoir se réduire sans un sursaut collectif ? la crise économique actuelle devrait être un moment de solidarité et d'opposition à la droite néo-fascisante. Les atteintes aux principes démocratiques n'ont jamais, et de loin, été aussi prégnants en ce pays que depuis les "évènements d'Algérie". Alors que les témoins disparaissent, le devoir de mémoire est sur le chemin critique. Sarko défend le même modèle que ses prédécesseurs, et alors que les commanditaires de l'assassinat de Ben Barka sont morts et enterrés, il n'hésite pas à téléguider le parquet pour que l'affaire reste en l'état. Pas de procès, pas de Justice, pas de démocratie. Le soutien officiel au putschiste Camara en Guinée participe de cette même volonté de faire perdurer la Francafrique, dont les Africains ne veulent plus et ce depuis longtemps. Néo-impérialisme avez-vous dit ...

Soutien officiel après les massacres de Conakry ! Balkany a reçu en effet les putschistes guinéens à Paris. Continuez les gars, les barbouzards de tout poil (marocains de feu Hassan II, guinéens du médiocre capitaine Camara, etc ...).

Du moment que les financiers de la campagne de Sarko, vendeurs de canons en tête, se régalent, tout va pour le mieux. Nommer le PDG de VEOLIA, officine privée, à la tête d'EDF, ben voyons mon colon, pourquoi se gêner ? il suffit juste de le déplacer dans l'organigramme de Veolia, et le tour est joué. Comme Poutine, premier ministre, qui dirige de fait la Russie, ledit Henri Proglio va continuer à diriger de fait Veolia alors que sa future position de président du conseil de surveillance ne lui donne pas de telles prérogatives.



dimanche 9 août 2009

Procès "staliniens" à Téhéran

On peut être qu'effaré par les derniers développements de la crise iranienne qui s'est ouverte au lendemain du premier et unique tour des élections présidentielles. Voilà donc que l'on assiste suite à des arrestations massives (opposants divers, étrangers en poste à Téhéran ou journalistes venus couvrir les élections), à des procès que l'on pourrait presque qualifier de staliniens (en référence aux années noires 1936-1938 à Moscou qui vit le petit père des peuples organiser des mascarades de procès dont l'issue, la mort ou la déportation au goulag, était connue d'avance. Le seul but était de liquider toute opposition, en organisant de pseudos-procès, truqués). On y voit les mêmes modèles d'auto-critiques (dont lors du procès de la jeune étudiante Clothilde Reiss, ou de Mohsen Rezai candidat au 1er tour). Mais les parallèles avec d'autres années noires sont possibles. Il n'est qu'à regarder la structure et l'exercice du pouvoir en Iran et celles du pouvoir national-socialiste dans l'Allemagne des années 1930 : "bassidji" vs "Sections d'Assaut" - Sturmabteilungen - (certes suite à la nuit des longs couteaux, les SA n'auront plus qu'un rôle mineur dans l'appareil d'Etat, mais l'appareil SS reprendra le rôle à son compte) , "Pasdaran" et "police des moeurs" vs "RHSA" (fusion en 1939 de la Sipo - constituée de la Gestapo ou police secrète et de la Kripo ou police criminelle - et de la SD ou Service de Sécurité du Reich). Le devoir du RHSA (créé par le Reichfürher SS Heinrich Himmler) était de lutter contre tous les ennemis du régime nazi. On voit dans l'hystérie répressive du (des) pouvoir(s) iraniens une dérive totalitaire des plus inquiétantes pour le peuple iranien. Il restera toujours l'espace de liberté du foyer iranien, où la parole se délie, où l'humour est très présent. Mais la chape de plomb qui s'est abattue depuis le 13 juin dernier sur l'Iran multi-millénaire est une réalité encore plus prégnante.
Le pouvoir en place est secoué par des convulsions terribles. Que sont devenues les milliers de personnes arrêtées depuis le 13 juin ? beaucoup n'ont pas été revues. Sont-elles encore dans les geôles de Téhéran ? ont-elles été liquidées ? bien des questions demeurent, et ce ne sont pas les effets combinés de la propagande du régime et les mensonges de l'opposition intérieure ou extérieure, qui peuvent aider à y voir plus clair.
Bill Clinton a obtenu la libération de deux journalistes condamnées à 12 ans de travaux forcés dans les camps de concentration nord-coréens. On attendra encore longtemps que le bellâtre US ou ses successeurs se préoccupent du sort fait aux centaines de milliers de coréens asservis dans les camps de concentration. Eh oui, en 2009, la fameuse Communauté Internationale ne fait rien de bien concret pour lutter contre le presque dernier bastion stalinien. Mais l'on continue d'entendre de beaux discours sur la démocratie. C'est cela aussi la hideuse realpolitik.

lundi 22 juin 2009

Le roi dit "nous voulons"

On allait donc voir ce que l'on allait voir, et puis, pschittt, la baudruche Sarkozy s'est lamentablement dégonflée. Thèmes déjà abordés sous l'angle du Sarko-social tant de fois, promesses vides de sens, formules creuses (du Guaino-guano). Rien de surprenant, rien de nouveau. Toujours autant d'indécence : du parcours sollennisé à l'extrême en deux rangées de gardes républicains, au discours mal maîtrisé car rédigé par d'autres et pas intégré, digéré. La Sarkozye nous abreuve de son vomi verbal. A quoi bon convoqué le banc et l'arrière banc du gouvernement, les parlementaires de deux chambres en congrès à Versailles, pour accoucher d'un discours de 45 minutes sans mesures concrètes, juste des redites. Comme si le locataire de l'Elysée n'était pas hyper-président depuis deux ans déjà. Comme s'il n'avait pas été Ministre de l'Economie, Ministre de l'Intérieur de 2002 à 2007. Fucking bullshit.
Instrumenter, humilier la représentation nationale, voilà le dernier "coup" médiatique de l'Elysée. Tout cela faisant suite à l'humiliation de la Reine d'Angleterre (quoiqu'on puisse penser de sa royale personne, l'inviter en bonne et due forme avec les premiers ministres britannique et canadiens, fait partie des usages pour les commémorations du débarquement allié sur les côtes normandes le 6 juin 1944, prélude à la libération du territoire national de l'occupant nazi). Il semble bien que le goujat de l'Elysée ne va rien nous épargner. Bonjour chez vous !

samedi 20 juin 2009

"Coup d'état" électoral en Iran ?


Aucune donnée sérieuse ne permet d'analyser la situation, en tout cas de conclure à une fraude massive. Les experts auto-proclamés, exilés iraniens ou occidentaux, ne sont en rien en prise avec la complexité de la société iranienne. Comme à leur habitude, les médias occidentaux, sur la foi des déclarations péremptoires des susdits experts, nous annonçaient la victoire de Mir-Hossein Moussavi (en 2005 , c'était l'Ayatollah Ali Akbar Hashemi Rafsenjani qui était leur chouchou : il ne passa pas le cap du 1er tour, avec un score ridicule. Laminé sur fond de campagne anti-corruption menée par Ahmadinedjad). Moussavi aurait été le vrai vainqueur de la présidentielle iranienne de la semaine passée. Toute l'analyse se base sur des révélations du camp Moussavi (il aurait été informé par le guide suprême de la révolution de sa quasi victoire électorale, un deuxième tour l'aurait opposé à Mehdi Karoubi). Une enquête sérieuse reste, à l'évidence, à mener, pour qui recherche la vérité. Pour les autres, qu'ils soient fournisseurs ou consommateurs de propagande, il s'agit d'une autre histoire ...
Il n'est pas pour autant raisonnable d'écarter la possibilité d'une fraude, sous la forme de résultats publiés non conformes aux décomptes. L'autre option (bourrage de urnes) est dénuée de tout fondement, car cela mettrait en jeu environ 5 millions de bulletins. Ahmadinejad peut-il se prévaloir d'un très large soutien populaire ? les cadeaux distribués lors des déplacements en province du président ont-il pu contrebalancer les effets désastreux de la politique économique du dernier gouvernement ? quel crédit les iraniens accordent-ils aux trois autres candidats ?
Moussavi était, et reste, présenté comme un quasi-réformateur, ayant mené campagne à la Barack Obama ... on croit rêver. Il suffit de regarder les débats télévisés, et de se rappeler le parcours dudit Moussavi, de garder en tête la structure du pouvoir iranien, et tout le médiocre château de cartes des medias occidentaux s'écroule. Moussavi n'est en rien en réformateur. L'eût-il été que son poids politique l'aurait empêché de mener toute réforme d'envergure (cf les 2 mandats de Seyyed Mohammad Khatami, de 1997 à 2005). Le pouvoir politique et économique est détenu par un agrégat de théocrates et non pas par le président le république islamique: le guide suprême, le conseil des gardiens de la révolution, les membres du conseil de discernement, les fondations islamiques (qui brassent un argent énorme, se voyant octroyer dans la plus totale opacité de juteux marchés publics), les pasdarans (Pasdaran-e Enghelāb-e Islami - Gardiens de la Révolution Islamique, généralement dénommés en Occident sous le vocable raccourci de "Gardiens de la Révolution"), les bassidji (Niruyeh Moghavemat Basij , ou « Force de mobilisation de la résistance »). Ce millefeuille, mélange hétéroclite de fanatiques religieux, de patriotes exaltés, de paramilitaires, de forces supplétives, verrouille toute évolution, et prévient tout révolution (les précédentes tentatives ont été sévèrement réprimées par le régime).
Qui peut croire que, ayant invalidé des milliers de candidatures, le conseil des gardiens de la révolution aurait choisi 4 candidats dont l'intention aurait été de bouleverser le régime en place depuis 1979 ? restons sérieux. A moins de voir un scénario à la Mikhail Gorbatchof, aucune altération majeure à la République islamique d'Iran ne se fera jour. Sauf à envisager une attaque militaire israélienne ou américaine (scénario à l'irakienne), le système saura réprimer les vélléités révolutionnaires de telle ou telle partie de la société iranienne. Les quatre candidats en lice ne sont que quatre facettes du pouvoir en place, quatre pseudos-rivaux, représentants de factions qui se livrent un combat loin des caméras. Combat pour le pouvoir, et non combat pour le peuple iranien, qui dans sa grande majorité vit pauvrement. La politique économique aberrante du gouvernement sortant n'ayant fait que renforcer cet état de fait. Cependant, la population reste à un niveau d'éducation remarquable, ce qui tranche avec les voisins arabes (les iraniens sont majoritairement persans et chiites; la minorité arabe jouit d'une situation peu enviable; les azeris étant d'une origine posant question : turcs, persans, causasiens ?).
Les manipulateurs d'élections ne sont pas l'apanage des totalitarismes, de droite ou de gauche, des théocraties ou autres systèmes politiques ayant fleuri à la surface de la terre. La CIA met tout son poids depuis 60 ans pour évincer tel ou tel président ou premier ministre légitime pour les remplacer par des satrapes à la solde des intérêts états-uniens.
Quand on connait l'état réel des démocraties occidentales, tous ses leaders devraient rester modestes et bien se garder de pousser des cris d'orfraies quand le résultat de telle ou telle élection ne correspond pas à leurs intérêts de classe. Les tripatouillages de bulletins électoraux aux USA ont conduit Richard Nixon à être battu par JF Kennedy, Al Gore a être battu par GW Bush
. Les rédécoupages électoraux en France se font sur des bases profondément anti-démocratiques afin de préserver des baronnies. Les exemples sont légions. Laissez les iraniens décider de leur futur. Européens, nous étions tels des cochons dans la fange, quand les élamites, les achéménides, et autres grandes civilisations du monde iranien, iradiaient leur culture, leur rafinement. Les voisins : Assyriens, Babyloniens ... leurs arts, leurs langues, leurs systèmes juridiques, économiques et politiques ont précédés les nôtres de plusieurs millénaires.

Pour aller plus loin :
* des universitaires US ont rédigé un appel, que j'ai découvert via Mediapart le 22 juin, dans lequel on lit "Observers might find the situation confusing, since Iran has long been an isolated country and the everyday Iranian is unknown to the outside world. One cannot even prove that there was a fraud." (Les observateurs extérieurs pourraient bien trouver la situation confuse, dès lors que l'Iran est depuis longtemps un pays isolé et que l'iranien de tout les jours est inconnu du monde extérieur à l'Iran. On ne peut prouver qu'il y a eu fraude). Texte complet de l'appel à l'adresse :
http://pulsemedia.org/2009/06/21/where-is-my-vote/

La raclée des anti-Sarko ...

Tel était le titre du Figaro Magazine post-élections européennes. Qu'en penser ? rappelons que le titre est grand fournisseur de contre-vérités, de mensonges éhontés, bref de propagande sous forme de bouillie intellectuelle.
La raclée des anti-Sarko, donc. Si l'on présente les résultats sur la base du corps électoral tout entier et non sur la base des seuls votants, les résultats permettent des conclusions toutes différentes de celles, provocatrices et stupides, du Fig Mag :



Votes Score officiel Vrai score
UMP 4798921 27,87% 11,03%
PS 2837674 16,48% 6,52%
Europe Ecologie 2802950 16,28% 6,44%
Modem 1455225 8,45% 3,35%
FN 1091755 6,34% 2,51%
Front de gauche 1041755 6,05% 2,39%
NPA 840713 4,88% 1,93%
MPF/CNPT 826269 4,80% 1,90%
Ecolos Indép 625220 3,63% 1,44%
Dupont-Aignant 304769 1,77% 0,70%
LO 206119 1,20% 0,47%

Qui s'est pris une raclée ? quand le parti unique de la majorité présidentielle ne recueille le soutien que de 11.03% des électeurs inscrits, que le taux d'abstention est encore une fois élevé :
Date Taux abstention
2009 59.35%
2004 57.24%
1999 53.24%
1994 47.29%
1989 51.2%
1984 43.28%
1979 30.29%

Le pouvoir sarkozyste s'enferre dans une stratégie idiote de négation des réalités. La situation des français se dégrade, mais le pouvoir refuse toute responsabilité. Et laisse filer les déficits publics. A plus de 80% du PIB à l'heure actuelle, il est permis de s'inquiéter. Le pouvoir navigue à vue mais s'émeut de manière outrancière du prétendu coup d'état en Iran (lire par ailleurs). Diversion bien illusoire. Et puis, prendre cet air sérieux, en appeler à la communauté internationale, l'ONU, comme le fit le porte-parole du gouvernement Jacky Lefebvre, relève de l'indécence. Nicolas Sarkozy a à plusieurs reprises critiqué ouvertement ou tenté de contourner les institutions de la république (institutions dont il est supposé être le garant selon termes mêmes de la constitution de la Ve république). Nicolas Sarkozy qui trouve Ben Ali, dictateur tunisien, bien sous tous rapports, mais voue aux gémonies Mahmoud Ahmanidedjad. Sauf que ce dernier, diplômé du très valable système universitaire iranien (il n'est qu'à voir la facilité déconcertante avec laquelle nombre d'étudiants iraniens réussissent aux concours d'entrée dans les facs américaines, y compris Stanford) est bien plus cultivé et plus habile politicien que le minable Sarkozy. N'en déplaise à certains qui diabolise Ahjmadinejad, n'ayant pas les moyens de comprendre les subtilités de la communication à l'iranienne. De là à se féliciter de la ré-élection d'un virulent anti-sémite à la présidence iranienne, comme l'a fait Hugo Chavez, il y a un gouffre. La condamnation ferme de tout anti-sémite reste fondamentale. Les amitiés( du président vénézuélien sont, j'en conviens, plus que problématiques : Alexandre Loukachenko (dictateur biélorusse), kmers rouges, Fidel Castro. La liste est, à tout le moins, édifiante. Mais la liste des amis de Nicolas Sarkozy n'est pas très recommandable, déterminée par les seuls critères de la connerie politique franchouillarde, dont N.S. est un digne représentant, archétype du pignouf inculte, arriviste, parvenu, prosaïque, bête et fier de l'être.

Pour aller plus loin :
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L'abstentionnisme, un phénomène hexagonal , Bruno Cautrès, « L'exception française : mythe ou réalité ? », Hors-série N° 46 - Septembre-Octobre-Novembre 2004 http://www.scienceshumaines.com/articleprint2.php?lg=fr&id_article=13720
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