dimanche 15 juin 2008

Monsieur Henri est un grand homme


Henri Alleg, homme de taille modeste, est un grand homme. Aujourd'hui âgé de 87 ans, je le regarde toujours avec déférence, compassion et tristesse.
Déférence car son supplice dans l'Algérie de 1957 aux mains des militaires français et notamment des tortionnaires parachutistes de la 10ième D.P., son supplice fut enduré sans qu'il révèle quoi que ce soit qui aurait compromis ses amis. Monsieur Henri fût arrêté au domicile de son ami Maurice Audin, jeune scientifique arrêté le jour précédent et qui sera éliminé par les paras, non sans avoir mis en oeuvre une macabre mise en scène afin d'accréditer la thèse de l'évasion de Maurice Audin, après avoir été torturé.
Compassion car son supplice, décrit par le menu dans l'ouvrage intemporel "La Question" (ouvrage immédiatement censuré en France mais qui sera publié à l'étranger. Il est aujourd'hui encore étudié, notamment dans des université américaines), son supplice fût une épreuve dont on se demande qui aurait pu en sortir avec cette dignité qui caractérise Monsieur Henri. "La question" mérite d'être lue et relue. Elle est un de ses démentis cinglants (tout comme les textes de Pierre Vidal-Naquet sur l'affaire Maurice Audin) aux odieux mensonges de l'Etat français. Les gouvernements successifs de la IVième puis de la Vième République ont nié l'existence de la torture en Indochine puis en Algérie. "La question" est un texte permettant de réfléchir aux processus menant à la mise en place institutionnelle de la torture, à sa légitimation.
Tristesse parce que la mémoire de Monsieur Henri est hantée par ces souvenirs atroces et son visage l'exprime. Monsieur Henri est un homme si intègre, si respectable. Il rejoint la longue cohorte de ces véritables patriotes, trop indépendants d'esprit, trop utopistes, trop sincères (cf le parcours du Colonel Guingoin).
Monsieur Henri est venu à la librairie Renaissance (à côté de la station de métro Basso Cambo) le 14 juin dans le cadre du Marathon des mots. De larges extraits de "La question" ont été lus avec conviction par le comédien Yvan Morane. Monsieur Henri n'est pas de ces hommes qui se mettent en avant, qui se donnent en spectacle. Monsieur Henri est un homme humble, resté toute sa vie indéfectiblement accroché à l'idée que la dignité d'un homme reposait fondamentalement sur sa capacité à rester jusqu'au dernier souffle de vie fidèle à ses valeurs. Malgré les terribles épreuves subies durant sa détention, Monsieur Henri ne fléchit jamais. Devenu indésirable en Algérie quand le lobby militaro-nationaliste algérien pris définitivement le pouvoir à l'arrivée sur un coup d'Etat du FLN qui porta Houari Boumédiène à la présidence de la République algérienne, il s'exila en France. Son combat pour la liberté ne s'arrêta pas là, bien évidemment. Monsieur Henri est un homme tenace. En 2005, J.P. Lledo l'accompagna, afin de tourner un film documentaire "Un rêve algérien" en 2005. Il retrace son périple dans une Algérie ensanglanté par une guerre civile interminable, prolongation inévitable de 132 ans de présence coloniale française, où il retrouve certains de ses anciens compagnons de lutte. Aimé Césaire dans son "Discours sur le colonialisme" mettait très justement l'accent sur le poison que le colonialisme a instillé non seulement dans les veines des peuples colonisateurs mais également dans celles de peuples colonisés. Aimé Césaire disait fort justement comment il est vain de croire que l'on colonise un pays impunément.

En 2005, Henri Alleg a co-signé une lettre au Président de la République dans laquelle il était demandé à l'Etat français de reconnaître l'abandon des harkis suite aux Accors d'Evian signés en mars1962. Ce qui illustre bien la cohérence et la persistance de son combat.

Ultimes précisions : Monsieur Henri est né à Londres, au sein d'une famille juive russo-polonaise. Directeur du quotidien "Alger Républicain" dans les années 50, tentant de faire vivre, avec ses compagnons de lutte, une parole anti-colonialiste, démocratique, universaliste. Il sera contraint à rentrer dans la clandestinité en 1955 lorsque le quotidien sera interdit de vente. Il milita au sein du Parti Communiste Algérien.

Puissiez-vous encore longtemps éclairer les consciences, Monsieur Henri.

Renvois bibliographiques :
* Henri Alleg : "La question", publié aux Éditions de Minuit, 1961
* Henri Alleg : "Mémoire algérienne, souvenirs de luttes et d'espérances, publié chez Stock en 2005
* Marie-Monique Robin : "Escadrons de la mort, une école française", publié en 2004 aux Editions La Découverte; paru en DVD également.


Renvois Internet :
* Jean-Pierre Lledo : "Un rêve algérien", 2003, film de 110 mn, http://www.lacid.org/films_fiche.asp?id=392
* Marie-Monique Robein : http://www.algeria-watch.de/fr/article/div/livres/escadrons_mort.htm
* Henri Alleg : http://www.sauramps.com/article.php3?id_article=1084

vendredi 13 juin 2008

Barack Obama , une alternative au bushisme ? une bouffonnerie de plus

A l'attention des naïfs français, ou de tout ceux ayant perdu leur sens critique sous les feux croisés des mass-media, qui voient en Barack Obama une réelle alternative au post-bushisme, alors qu'il n'est qu'un représentant de plus de l'establishment nord-américain et spécialiste du louvoiement dans le cadre de la soumission aux grands lobbys et aux sondages d'opinion, je dis ceci :
N'espérez rien pour les défavorisés américains, pour la paix au Proche et Moyen-Orient, pour la démilitarisation à l'échelle mondiale, pour une politique sociale volontariste. Rien ne sert de sauter comme un cabri en criant "Obama, Obama, Obama" (cf ces foules américaines en liesse lors des discours lénifiants du candidat à l'investiture du parti démocrate). Le progrès social n'est pas pour demain. Soyez fidèles à vos valeurs, poursuivez votre chemin, ne soyez pas touchés par l'écume des jours. Les forces de l'oppression sont multi-formes, puissantes, organisées, mais si faibles face à un soulèvement populaire. Celui-ci devient chaque jour plus improbable à mesure que la résignation gagne les esprits (un tel soulèvement ne serait souhaitable que lorsque serait atteint un certain niveau de conscience collective, faute de quoi toute révolution populaire est vouée à l'échec, gangrénée par les bassesses humaines et les forces réactionnaires). Les luttes sociales ne mobilisent guère. Le fameux slogan "ça ne sert à rien" est bien ancré dans les esprits. On entend ici ou là des plaintes mais si le pseudo-citoyen ne se mobilise pas, il devrait se contraindre au silence, par respect de lui-même et des autres. Non pas se soumettre, mais consciemment prendre en compte ses petits renoncements propres, et se mettre en retrait, en attendant un sursaut individuel.
Il ne suffit pas, loin s'en faut, que la Nature vous fasse naître noir de peau, pour que vous soyez doté de telle ou telle qualité attribuée par l'inculture mondialisée aux Noirs. Condoliza Rice est noire et femme : son visage dur, son verbe belliqueux, ses rictus mals maîtrisés (à mettre en regards des TOC de notre Président ...), sa présence dans le cabinet probablement le plus réactionnaire de l'Amérique d'après-guerre : tout cela dénote la proximité avec l'homme blanc appeuré qui foisonne de nos jours, comme dans les temps anciens (peur des Indiens, peur des Noirs, peur des Arabes, peur des Juifs, peur de sa voisine lesbienne, de son cousin socialo-marxiste, de sa collègue de bureau punk, de son frère transsexuel, peur des pitbulls, des vaches à cornes, des cochons sauvages ... oooooooops). Que peuvent attendre les afros-américains de Ms Rice ? plus de coups portés à la communauté, toujours autant de pauvreté financière, d'impossibilité d'obtenir les mêmes chances qu'un blanc (éducation, espérance de vie, accès aux classes sociales supérieures).
Hillary Rodham Clinton était elle une meilleure candidate démocrate ? là encore, la génétique qui vous fait femme physiologiquement parlant, ne vous garanti aucune des qualités généralement accordées, attribuées, par la gent masculine patriarcale (ouverture d'esprit, compassion, esprit maternel, ... en tant que non-machiste j'ai du mal à retrouver les clichés en cours). Trouvez-vous Mrs Clinton féminine ? moi non. Cela ne m'aurait évidemment pas empêché de la soutenir si elle avait été une candidate intègre, convaincante (peu importe les traits physiques; peu importe les orientations sexuelles, les choix religieux, tant que la séparation personne publique/privée est strictement respectée). Elle est politicienne jusqu'au bout des ongles : aussi démagogue que son alter-ego Obama, outrageusement agressive, commerciale à deux balles. Elle a apporté son soutien "plein et entier" à Mr Obama le 7 juin dernier, après lui avoir asséné de rudes coups (bas en général), accumulé les petites phrases assassines afin de détruire ce concurrent, et ce, durant toute la campagne des primaires/caucus. Quel crédit apporter à de telles personnes ? alors qu'elle avait échoué à mettre en place une couverture maladie universelle, dont tant d'américains auraient besoin, lors de la présidence de son volage de mari, elle nous ressert le même plat lors de sa campagne. Elle avait depuis cette époque du pouvoir tourné casaque et fait ami-ami avec les puissances de l'argent qui haïssent tout système "socialiste" (si l'on vous traite de "socialiste" aux US, ne vous trompez pas, c'est aussi insultant que "French". Le French bashing n'a pas encore disparu. Une des attaques favorites des républicains, dont leur chef Karl Rove fut le grand instigateur, de la campagne 2004 à l'encontre du candidat John Kerry, était, outre "flip-flopper" ressassé à l'envi par Fox News, "the french").
Barack Obama amorce un virage en se conformant au moule afin d'être élu. Ici non plus, de ce côté de l'Atlantique, pas de rupture (sauf dans les slogans). "we stand up with Israël, now and forever". Pas de regard critique sur la politique israëlienne. Il faut dire qu'à l'échelle mondiale quelques hystériques persistent à associer "critiques d'Israël" et "anti-sémites" !!! le mieux étant donc d'être un candidat consensuel et de renier ses origines ethniques, ses amis (eg le pasteur Jérémiah Wright et ses imprécations enflammées sur le mode "God damn America". Peut importe qu'il lui arrive de frapper juste et fort, certaines vérités ou positions ne sont pas acceptées, ici comme ailleurs, maintenant ou à toute autre époque). Le reniement, les mensonges étant la marque de fabrique de tant de présidents, ministres, sous-secrétaires d'Etat. Ne vous privez pas d'écouter l'inénarrable Gordon Brown répondant à un journaliste de la BBC suite au pitoyable résultat de la candidate New Labour (
Tamsin Dunwoody
) aux récentes élections locales de Crewe et Nantwich (Cheshire, Angleterre) : trois questions différentes, trois réponses identiques mécaniquement répétées (sans que le journaliste ne s'en offusque). Illusionnistes, mystificateurs de petite envergure. Voilà ce que sont ces gens.
Par ailleurs, dans le même registre, je tiens pour la plus grande imposture politique franco-française, depuis la prise de pouvoir de Mitterrand au PS, la candidature et la posture d'alternative crédible du Modem et de son président François Bayrou. Il n'est pas impossible que les amis de Mr Sarkozy aient favorisé l'émergence dans les sondages du candidat Bayrou. Il n'est pas rare de voir publier dans la presse des sondages bidonnés. Il fût également aidé à sa gauche par un PS taclant la candidate Royal, et par la cécité historico-politique de nos compatriotes. Que messieurs Sarkozy, Bayrou ou Fabius puissent s'être positionnés "politiquement" de manière opportuniste sur le créneau "je suis un homme neuf", et avoir abusés tant de français, est proprement ahurissant. Ils avaient tous une carrière déjà bien remplie, et traînaient tant de casseroles. Une politique économique pro-capitaliste pour Laurent Fabius, autant en tant que premier ministre que ministre de l'économie et des finances, rendant ses discours gauchistes depuis 2005 tout à fait non crédibles. Une politique de droite classique voire réactionnaire pour François Bayrou, ministre de l'Education Nationale (qui commit le crime de retirer des programmes scolaires l'étude des textes d'Aimé Césaire), député béarnais (qui vota sans états d'âmes pour les lois répressives et sécuritaires du RPR). Un éternel louvoiement au gré des vents sondagiers pour Nicolas Sarkozy trahissant ses "amis" politiques, sentant que le peuple le portera au plus haut de l'Etat s'il flattait ses bas instincts par des discours et par une politique sécuritaire et répressive à l'encontre des étrangers et des délinquants divers, une politique ultra-libérale capitaliste afin de s'assurer des soutiens dans la campagne présidentielle. Que ces messieurs assument leurs convictions droitières, qu'ils ne tentent pas de prétendre se soucier de la classe ouvrière, des problèmes sociaux. Mr Bayrou avance derrière le cache-sexe du centre-droit : je le préférais lorsqu'il était clairement à droite. Il ne s'agit plus désormais que de tenter de conquérir une parcelle de pouvoir et non pas d'un homme convaincu que la politique doit se pratiquer autrement (en allant au-delà de slogans creux comme le "un otra manera de ser" d'un José Luis Zapatero : on a vu depuis ce qu'il en était de cette autre manière de gouverner l'Espagne). Quand par ailleurs la démocratie se porte mal au sein du Modem lui-même, comme au sein des autres partis de gouvernements (UMP, PS, PCF). La voix des militants n'est pas écouté (non que celle-ci soit intrinsèquement d'une haute valeur ajoutée, mais comment croire que le pays sera gouverné de manière mendésiste si le parti fonctionne différemment). Les décisions sont souvent prises en petit comité, par un pool de gens s'exprimant au nom de la masse. La démocratie participative de Ségolène Royal est à ce titre assez éclairante, quand on sait que son programme était ficelé bien avant que les militants et sympathisants soient amenés à être convié au pseudo-débat de campagne du PS. Mais revenons à la campagne présidentielle américaine après cette longue digression qui ne visait qu'à montrer la déplorable malhonnêteté intellectuelle de certains leaders politiques, et non pas à salir tel ou tel. Honnêteté, intégrité morale, sincérité : tels devraient être les moteurs fondamentaux de l'action politique.
John Sidney MacCain III sera-t'il aussi va-t'en-guerre que "43rd" (Georges Walker Bush), "42nd" (William Jefferson Clinton) ou "41st" (Georges Herbert Walker Bush) ? Sera-t'il aussi réactionnaire ? il y a fort à parier que l'élection de l'un ou l'autre des deux prétendants ne changera strictement rien à l'homophobie, la xénophobie, les injustices sociales, la précarité sans cesse croissante, aux Etats-Unis et ailleurs dans le monde. Sans parler de la politique étrangère, étrangement insensible aux changements de cabinets (on pourra aisément objecter que la politique d'ouverture vers la Chine et l'URSS de dirty & tricky Richard Nixon trancha avec celles de ses prédécesseurs). Sans tomber dans le fossé nauséabond du "blanc bonnet/bonnet blanc", ou de celui du prétendu complot mondial, reconnaissons que les différences politiques entre les présidents US depuis 1945 sont relativement mineures. 44th sera donc une déception pour tout ceux qui auraient placé en lui des espoirs quant à un avenir meilleur. Cela fera écho aux élections d'un Ignacio Lula da Silva au Brésil, d'un Evo Morales en Bolivie ou d'un Nicolas Sarkozy de Nagy Bockza en France. La cohorte des déçus ne risque pas de sitôt de se désagréger ....

Renvois internet :
US :
*
Barack Obama : www.barackobama.com/
ainsi que ce lien du 19 juillet 2008
: http://tf1.lci.fr/infos/elections-usa/0,,3912642,00-obama-glisse-droite-.html
* Hillary Clinton : www.hillaryclinton.com
* John Mac Cain : www.johnmccain.com/
* Karl Rove : http://fr.wikipedia.org/wiki/Karl_Rove, http://en.wikipedia.org/wiki/Karl_Rove, http://www.voltairenet.org/article14980.html

UK :
* Gordon Brown s'exprimant sur la BBC : http://news.bbc.co.uk/2/hi/uk_news/politics/7416562.stm
* libéraux-démocrates : http://www.libdems.org.uk/party/policy/manifesto.html

samedi 7 juin 2008

Punir les pauvres

Punir les pauvres : telle est bien une des ambitions cachées des possédants que l'on voit à l'oeuvre depuis si longtemps. Il n'est point l'apanage exclusif des capitalistes, un de ces avatars pitoyables. Néanmoins, de nos jours, ce système économique et philosophique est incontestablement en position hégémonique. Les possédants n'ont de cesse d'humilier les masses, de leur faire courber l'échine, de promouvoir l'émergence d'une auto-intoxication intellectuelle et morale qui vient en complément d'une propagande plus ou moins finaude à travers les mass-media. Il suffisait de voir et d'écouter mercredi soir une émission de feu-le- service-public-France 2 diffusée à une heure de grande écoute. Nous étions effarés de voir la débauche de moyens que notre Justice, par ailleurs fort mal dotée financièrement, déployait chaque semaine afin de traquer LE délinquant. Le profil était celui, non pas du pseudo-patron dont l'action n'est guidée par aucun principe moral et qui n'a que l'objectif du profit à court-terme, non pas celui du politicien véreux, clientéliste, affairiste, perverti par la quête du pouvoir. Non. Il s'est agit plutôt de la classe moyenne ou de la classe populaire qui commet de temps à autre des infractions au code de la route (excès de vitesse, conduite en état d'ivresse ou sous l'emprise de pyschotropes divers). Voir ce pauvre trentenaire, divorcé, au chômage, tombé dans l'alcoolisme, mais néanmoins conscient des efforts qu'il devait consentir pour "s'en sortir", voir ce pauvre humain, fut un moment pénible car les images étaient dures pour qui considère chaque être comme frère en humanité. Que croyez-vous que furent les mots de la Justice, du Ministère Public s'exprimant au travers de la plaidoirie de l'avocat général : le comportement de cet homme était scandaleux, intolérable pour aux yeux de la société (comme il est toujours surprenant de voir un tel ou une telle s'arroger le droit d'exprimer la position de la collectivité, alors que sa position sociale le cantonne dans une caste de privilégiés). Il fallait sanctionner de tels agissements, vite et fort. L'homme fut condamné à six mois de prison dont trois fermes (il était sous le coup d'une précédente condamnation à trois mois de prison avec sursis). Résigné, abattu, il auto-justifiait la condamnation "quand on fait des conneries, il faut payer". Cet homme, comme tant d'autres "grands délinquants" (vus comme tels par la Justice française), ne sortirait pas de l'ornière alors que les puissants lui donnaient un coup de pied pour le pousser plus bas dans la fosse. Cet homme, comme tant d'autres "grands délinquants", avait besoin d'un regard humain, d'attentions, de considération, de deuxième chance. Ce qui n'exclut pas la responsabilisation de l'individu, acteur de son propre destin. Ce soir là sur France 2, il ne s'agissait pas de promouvoir des comportements citoyens sur la route, mais bien, en filigrane, de présenter un message d'invitation claire à la soumission à l'autorité, fusse-t'elle inique ou illégitime.
Vendredi, il s'agissait du procès des faucheurs volontaires de Haute-Garonne. La Confédération Paysanne, tentant de faire entendre une autre voie du monde paysan face à la toute puissante FNSEA, a déjà été condamnée, collectivement ou individuellement au travers de ses militants activistes. L'appareil d'Etat doit montrer qu'il peut réprimer à tout moment ce qui lui fait peur (en invoquant à l'envi la sacro-sainte Raison d'Etat, ou les non moins tristement célèbres "intérêts supérieurs de la Nation", la Nation étant ici très concrètement remplacée par l'Etat). L'appareil d'Etat et ses dociles serviteurs sont sollicités assez régulièrement pour montrer au bas peuple les limites à ne pas franchir. En cas de "rebellion", vous serez peut-être ruinés financièrement, dégradés psychologiquement, ou à tout le moins condamnés afin que vous rentriez dans le rang.
Dans nos pays occidentaux et au-delà, le citoyen lambda se voir imposer des législations de plus en plus liberticides. L'argument avancé est généralement "nous devons lutter contre toutes les nouvelles formes de terrorisme". L'aspiration à une vie bien rangée, petit être sans ambition autre que matérialiste tranquillement installé dans le confort de la pensée bourgeoise qui se loge dans les esprits de toutes les classes sociales, logé derrière les hauts murs ou grillages de résidences privatives. Oui, ces esprits là sont prêts à renoncer petit à petit aux libertés publiques ou individuelles. Ils arriveront toujours à se convaincre, en se mentant à eux-même à l'occasion, de vivre une vie "normale" dans un pays "démocratique".
Le citoyen lambda se voit toujours sommé de payer pour les fautes des dominants (qui , dans une certaine mesure, sont la conséquence logique de l'infantilité de si nombreux adultes) : faillite du Crédit Lyonnais dans les années 90 (
un trou de près de 20 milliards d'euros pour les finances publiques qui ne sera pas comblé avant 2012 ), faillite de banques touchées par la crise des prêts hypothécaires à hauts risques en 2007/2008 (nationalisation ou injection massive d'argent public pour renflouer leur cash-flow), niches fiscales profitant quasi exclusivement aux plus riches, spéculations contribuant au renchérissement des produits de consommation de base, dé-remboursements de médicaments, instauration de franchises médicales, introduction d'impôts "indolores" comme la CSG en 1996 en France (partiellement non imposable, elle conduit à payer un impôt sur un impôt ...) ou la CRDS en 1996 en France (mesure initialement "transitoire" mais qui a été depuis pérennisée ...), dissémination de plants OGM dans la nature, promotion du productivisme (induisant maladies professionnelles, mal-être).
Soumets-toi, sois docile, expie éternellement tes fautes (réelles, supposées ou imaginaires, voire commises par d'autres) : quel beau message d'avenir pour l'humanité ...

Renvoi :
*
« Punir les pauvres ; le nouveau gouvernement de l'insécurité sociale » Marseille, Agone, 2004, 351 pages de Loïc Wacquant
* http://atheles.org/agone/punirlespauvres
* http://www.local.attac.org/vaud/article74.html

samedi 31 mai 2008

La flexi-sécurité à la mode RGPP : un leurre pour les fonctionnaires

Le gouvernement et le Président Sarkozy présentent la RGPP (Révision Générale des Politiques Publiques) au travers de trois objectifs majeurs officiels :
  • Mieux adapter les administrations aux besoins des usagers
  • Valoriser le travail des fonctionnaires
  • Réduire les dépenses publiques pour revenir à l’équilibre budgétaire et gagner des marges de manœuvre.
Il s'agirait donc de redéfinir les périmètres des politiques publiques et les adapter aux exigences de la société. Au-delà de l'affichage officiel, essayons de percer les véritables ambitions de cette énième contre-réforme en Sarkozye.

On nous parle de réduire le déficit de l'Etat, d'amélioration des salaires des fonctionnaires en contre-partie du non remplacement d'un fonctionnaire sur trois faisant valoir ses droits à la retraite. Il s'agit de la purge lente et certaine de la Fonction Publique d'Etat. Que votre service vienne à être externalisé (et cela ne manquera pas de survenir, l'Etat sarkozyste, dogmatique, s'employant à réduire la Fonction Publique d'Etat à la portion congrue. Vous appliquera t'on le funeste principe d'emploi acceptable récemment codifié ?), et la RGPP vous poussera sur la touche en instituant le principe universel des néo-libéraux : three strickes and you're out (la justice américaine vous inflige une peine de prison à vie si vous avez été condamnés trois fois, fut-ce pour des délits mineurs. l'ANPE/UNEDIC va devoir bientôt radier de ses listes les récalcitrants qui auraient l'audace insigne de refuser trois propositions d'emploi, comme un job à 400 euros mensuels en Slovénie suite à la délocalisation de votre entreprise). On vous proposera trois nouvelles affectations (dans un autre Ministère, une autre région). Viendriez-vous à les refuser, au motif que ces emplois ne vous conviennent pas (éloignement géographique de votre conjoint, vos amis, précarité de la future situation, postes inadaptés à votre motivation et vos compétences), bougre d'asocial, l'Etat vous privera de votre traitement et vous placera immédiatement en disponibilité. En un mot, vous êtes virés. De hauts fonctionnaires travaillent actuellement à la redéfinition des statuts des fonctionnaires de la Fonction Publique de l'Etat. Des fiches de poste génériques associées à des définitions non moins génériques des métiers vont être mises en place (le nombre de métiers est donc réduit de manière drastique. Si l'on gardait les définitions qui avaient cours ou, pire, si l'on prenait en compte les listes des syndicats, il serait fort difficile de vous proposez trois postes acceptables et donc diminuerait d'autant les chances de vous éjecter. Vous, spécialiste technique, êtes reclassifié agent généraliste, apte à occuper une large palette de postes).

On nous parle de rémunération au mérite, alors qu'existe déjà un mécanisme de « recompense » des agents depuis la mise en place des évaluations annuelles en 2004. Il ne s'agit pas d'autre chose que de laisser les agents face à l'arbitraire des petits chefs qui pullulent. Cela conduit fréquemment à une notation « à la tête du client ». On ne constate pas autre chose chez Thales avec le mécanisme du BSO (Bonus Sur Objectif). On peut légitimement craindre l'accroissement des inégalités lorsque le cadre, certes rigide, des grilles indiciaires sera bousculé par la nouvelle législation inspirée du « travailler plus pour gagner plus » (car il sera demandé des « efforts » à ceux qui n'auront pas été mis sur la touche).

Le corps social est versatile, inconséquent, immature, potentiellement dangereux. Qu'a cela ne tienne. On se passera de son approbation (on peut citer en exemple le TCE qui, bien que rejeté par référendum en France et aux Pays-Bas, a été maquillé en Traité de Lisbonne, qui plus est signé dans un lieu dont la symbolique chrétienne n'a échappé à personne. On peut citer le Traité de Nice rejeté par le peuple Irlandais. On lui expliquera qu'il avait mal compris le projet, on utilisera les armes plus ou moins subtiles de la propagande. Par une nauséabonde collusion entre la lassitude et la docilité, le second référendum fut un succès, pour les élites européennes s'entend).

Nous sommes bien loin du principe du « gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple ». Nos dirigeants actuels haïssent le peuple et les principes démocratiques. La démocratie fait peur, dérange : ses promesses, sa démesure, son utopie. Je suis arrivé à cette triste conclusion par la simple observation des pratiques politiques, intellectuelles dans notre pays ces dernières années, et plus particulièrement depuis l'avènement de N. Sarkozy. Quelques cas pour l'illustrer que j'ai volontairement extrait de la chronique d'Edwy Plenel du 25 mai 2008 sur l'antenne de France Culture, ceci afin de montrer que mes constats ne sont en rien des élucubrations de gauchiste patenté :

Lors de son discours à l'Assemblée Nationale de défense de la loi sur la protection des sources des journalistes, la ministre Dati a eu des mots malheureux et révélateurs. Elle a enjoint les députés a adopter le texte qui prétendument établi un équilibre entre la préservation des intérêts supérieurs de la Nation et le respect de la liberté de la presse. Comme si cette liberté n'était pas en soi un intérêt supérieur de la Nation. Comme si l'on devait l'accepter à contre-coeur, avec des réserves, des conditions. Sous couvert de l'établissement d'une protection démocratique des citoyens, la loi en organise la violation au bénéfice de l'Etat. Une certaine presse reste indisciplinée, rebelle. Il faut organiser sa mise au pas.

Cette même semaine, à l'occasion de déplacements en province de N. Sarkozy, des militants syndicaux et politiques, placés le long du parcours présidentiel, se sont vus confisqué par la police leur matériel (tracts, badges, auto-collants, casquettes). Ceux qui ont opposé une quelconque résistance ont été exfiltrés ...

On entend ici ou là, des discours alarmistes à propos de la dynamique participative d'Internet. Ce serait le monde du n'importe quoi, quand l'information d'avant l'avènement de ce media moderne serait elle un modèle de rigueur, du pluralisme, de la liberté.

Sources/renvois :

a) Jacques Rancière, philosophe. Biographie succincte : http://fr.wikipedia.org/wiki/Jacques_Ranci%C3%A8re

b) Internet : http://www.rgpp.modernisation.gouv.fr/cmpp4-4-8/comprendre.html

L'Afrique au secours de l'Occident ?


L'auteur nous propose un changement de paradigme intéressant mais qui recèle à mon sens un piège qui n'a pas été évité.
Anne -Cécile ROBERT (journaliste au Monde diplomatique et professeur associé à l’Institut d’études européennes de l’université Paris VIII) est venue le 29 mai 2008 à Toulouse, salle du Sénéchal, à l'invitation conjointe de la section toulousainne des AMD (Association des Amis du Monde Diplomatique) et d'ATTAC-Toulouse. Elle a disposé de ¾ d'heure pour sa conférence, les organisateurs, comme à leur habitude, limitant toujours de manière exagérée la durée des conférences pour laisser une part trop importante au « débat ». Les cours magistraux seraient insupportables à beaucoup, donner la parole au public serait en soi un acte démocratique. Je suis toujours choqué par de telles pratiques. Non seulement je ne pense pas être le seul à apprécier les cours magistraux quand ils sont dispensés par de vrais spécialistes des sujets abordés, mais à vouloir ériger en dogme la doxocratie on participe à la liquidation des principes fondateurs de la démocratie. Non, le « public » n'est pas plus dans la vérité (historique, sociologique, philosophique, politique) que les « experts », mais je considère que le débat ne peut se dérouler que si l'ensemble des participants actifs disposent d'un socle commun de connaissance du sujet. Sinon, il est aussi profitable d'aller dans le café du coin écouter la « voix du peuple ». Restons sérieux, si l'un des objectifs d'ATTAC et des AMD est bien de susciter la réflexion, le préalable indispensable reste l'acquisition des connaissances. Quand je me rends à une conférence, c'est bien parce que j'attends du conférencier (ou de la conférencière) qu'il (elle) me permette d'éclairer tel ou tel sujet sous un angle qui m'est peu familier, qu'il (elle) m'apporte des connaissances, des clés de compréhension. Charge à moi ensuite de digérer ce matériau brut et d'en évaluer la sincérité, la pertinence, la valeur scientifique, de nourrir ma réflexion sans être dépendant.
Ce soir là, donc, la conférence n'échappa pas aux écueils habituels : A.C.R. s'excusa de devoir simplifier par manque de temps, de devoir tenir des propos par trop généraux et donc sinon lapidaires en tout cas entâchés d'à-peu-près. Son propos n'en fut pas moins intéressant mais si elle avait disposer du temps qu'elle (et non des tiers) aurait juger nécessaire pour présenter les thèses développées dans son petit livre. S'ensuivit un débat, qui lui non plus n'échappa pas aux écueils devenus traditionnels de cet exercice : le public réfléchit à voix haute, présente son expérience et sa connaissance du sujet dans un narcissisme affligeant. Le temps vint où, n'en pouvant plus, je du quitter la salle avant la fin de la séance. Mais venons en maintenant au livre et aux idées présentées dont je donne une synthèse :
ACR précise qu'elle n'entend pas tomber dans le piège de l'idéalisation de l'Afrique (des Afriques devrait-t'on dire) et de la démonisation de l'Occident (des Occidents devrait-t'on dire, symétriquement). Elle ne nie pas les drames actuels et passés de l'Afrique, ni les expériences positives occidentales.
ACR nous propose de renverser radicalement le regard porté sur notre « monde mondialisé ».
les sociétés occidentales puiseraient sans vergogne dans les ressources de la planète, altérant gravement le lien social (sans lequel une société humaine n'est plus humaine). Elles seraient en grave crise (identitaire, environnementale, économique, ...). Inféodés et fascinés par le modèle capitaliste et consumériste, ils seraient devenus si individualistes qu'ils courent à leur perte.
les sociétés africaines seraient détentrices de valeurs que l'on ne rencontreraient plus ou presque en dans les sociétés occidentales. L'importance du groupe, du collectif est profondément ancré dans l'âme africaine. Il en résulte des pratiques spécifiques qui font au mieux rire les occidentaux, au pire qui génère une opposition farouche (eg FMI/Banque Mondiale et les tontines). Refus de la tyrannie du temps, rapport différent de l’individu à la collectivité, acceptation et canalisation des passions, résistance à l’accumulation de richesses, insertion pacifique dans l’environnement. Les sociétés africaines seraient donc en mesure d'apporter une vision plus harmonieuse et plus équilibrée du rapport entre les humains et la nature.
L'Occident se plaçant délibéremment dans la posture de celui qui donne et cantonnant l'Afrique dans la posture de celui qui reçoit, instaure par là même non seulement une dépendance, mais un rapport de domination sur un continent entier.
Si les sociétés africaines et leurs élites pouvaient prendre conscience de la fécondité de cette différence de valeurs, et acceptaient de s’en saisir au lieu de se couler dans le modèle dominant, elles rendraient service à la planète entière. Si l’Occident acceptait une Afrique majeure au lieu de toujours, d’une manière ou d’une autre, vouloir la maintenir sous sa coupe, alors le cours du monde pourrait en être changé.
Je partage peu ou prou ces constats/analyses. Mais le piège qui n'est pas évité est bien celui de la recherche des solutions aux angoisses existentielles à travers l'Autre, celui qui enrichit mais celui qui peut rendre dépendant. Si notre bonheur, notre joie de vivre dépend de facteurs extérieurs, si nobles fussent-t'ils, nous sommes sur une pente très dangereuse. La solution ne réside qu'en nous, au plus profond de notre être. Mais la quête semble devoir prendre des chemins détournés. Nous avons effectivement besoin des autres mais pas dans une approche compulsive. Nous deviendrions sinon dépendants de la présence ou de l'absence de l'Autre. Nos sociétés modernes font que peu d'humains sont en capacité de vivre de manière totalement autonome, sur tous les plans. Il est heureux que nous puissions alors découvrir la noblesse du collectif, mais sans oublier que l'individu ne doit jamais se dissoudre dans un plus vaste ensemble. « être » ne signifie pas « ne croire qu'en soi et ses capacités ». Le totalitarisme soviétique a bien montré ce que les excès d'un collectivisme mis au service d'une caste dominante et assoiffée de pouvoir peut générer : une abomination. Le totalitarisme du IIIe Reich a bien montré ce que l'obéissance, la soumission à l'autorité suprême (le Fuhrer) ou à toute autre forme d'autorité (commandant de camp de concentration, blockova, stubova) peut générer : le seul et unique génocide industriel de l'Histoire (la Shoah).
Ni soumission, ni insoumission.

Sources/Renvois :
a) Conférence d'Anne-Cécile ROBERT, Toulouse, 29 mai 2008
b) Internet : http://www.monde-diplomatique.fr/livre/afrique/

vendredi 30 mai 2008

Droit des femmes, laïcité ou Chari’a

Nous apprenons ce matin qu'un mariage vient d'être annulé par décision de justice, au motif que la mariée avait prétendue être vierge, ce qu'elle n'était pas. De nombreux cris d'orfraie ont pu être entendus (hommes et femmes politiques, associations), nul ne s'en étonnera. Qui dit débat passionnel dit échanges irrationnels. Que peux-t'on attendre ? une modification de la loi ? on entend que tout contrat peut être rompu si les termes n'en ont pas été respectés par l'une ou l'autre des parties. Le contrat de mariage étant mis sur le même plan qu'un prosaïque contrat d'assurance ou qu'un contrat commercial. Qu'un homme, musulman pratiquant en l'espèce, puisse obtenir gain de cause face à son épouse, sur le territoire national, en invoquant une "erreur sur les qualités essentielles" est proprement ahurissant.

Le tribunal de Lille précise que l'époux avait "contracté mariage avec Y après que cette dernière lui a été présentée comme célibataire et chaste". "Estimant que la vie matrimoniale a commencé par un mensonge, lequel est contraire à la confiance réciproque entre époux, pourtant essentielle dans le cadre de l'union conjugale, il demande l'annulation du mariage", précise le jugement. Le tribunal a prononcé la nullité parce que la jeune femme a acquiescé à la demande de son époux : selon les juges, ce geste prouve que la virginité était "bien perçue par elle comme une qualité essentielle déterminante du consentement" de son mari.

(ces quelques lignes sont extraites d'un article du journal Le Monde)

Nous voici donc dans un pays où tout à la fois un français converti à l'Islam, et la Justice française se comportent comme dans n'importe quel pétro-monarchie du Golfe arabo-persique. On va donc désormais, en se basant sur cette jurisprudence, pouvoir répudier femme comme bon voudra. Quel droit symétrique serait opposable par une femme à son époux ? on se le demande. Il n'y aurait eu en l'espèce que stricte application de la loi. J'y vois plutôt là une dangereuse concession aux rigoristes religieux. Sommes-nous encore dans une République résolument et fermement laïque. Après plusieurs propos calamiteux sur le sujet proférés par le Président de la République, voici qu'un tribunal lillois lui emboite le pas. Sommes-nous à partir de ce jour partiellement régis par la Chari’a ? Il ne s'agit pas ici de critiquer la foi de tel ou tel, mais de constater avec effroi la collusion du machisme méditérannéen et de l'extrêmisme religieux, non pas en Algérie ou en Syrie, mais bien en France. Faut-il rappeler qu'il s'agissait d'une union civile et non d'un mariage religieux. Qu'un mariage religieux (quelle que soit la confession) puisse être annulé pour telle ou telle raison, cela pourrait se comprendre (même si en tant que laïc, cela ne laissera pas d'inquiéter sur les mentalités). Après le débat sur le port des signes religieux à l'école et dans les lieux publics, nous voici face à un autre danger. Voulons-nous continuer à vivre dans une société qui fait si peu de place aux femmes, ou à tout le moins qui les rabaissent qui à l'état de "chose sexuelle", qui à l'état de "blonde stupide".
Ca ne sont pas les dernières affaires de pré-adolescents ayant violé de très jeunes filles et ayant fièrement diffusé la vidéo via leur téléphone portable, qui me rassurerons sur la psychologie masculine. Ces pré-ados n'ont aucune conscience de la gravité de leurs actes, n'expriment aucun remords. La récidive est donc possible. Quelles actions éducatives mettre en place ? on ne pourra pas, là non plus, rester immobiles, citoyens, membres du corps enseignant, parents. Encore faudrait-il que ces derniers ne se recrutent pas dans la catégorie de ceux qui aiment dominer (leur femme, leurs enfants, leurs collègues de bureau, etc ....).


Source internet :

http://www.lemonde.fr/societe/article/2008/05/30/debat-apres-l-annulation-d-un-mariage-entre-musulmans_1051815_3224.html

jeudi 8 mai 2008

L'autre 8 mai 1945 : un désastre

En ce jour traditionnellement dédié exclusivement à la commémoration de la victoire des Alliés sur le IIIème Reich, cette confiscation de la mémoire collective au seul profit d'une histoire ré-écrite par le pouvoir colonial et post-colonial est une insulte aux milliers d'Algériens assassinés dans le Constantinois. Zouaves, Tirailleurs Algériens et Tunisiens, Goumiers Algériens et Marocains , Spahis Tunisiens et Marocains, Tirailleurs Sénégalais, etc ... L'Armée d'Afrique et les Troupes Coloniales avaient pourtant payé un lourd tribut lors des deux conflagrations mondiales. Pas plus que les Juifs français Poilus de 14/18 qui se croyaient légitimement protégés, et qui pour 79 000 d'entre eux ne revinrent jamais de la déportation, nos troupes Nord-Africaines ne seront protégées de la fureur raciste et coloniale. Alors qu'à Setif et ailleurs dans le Constantinois, une aspiration légitime à être considérés par la République, à s'émanciper collectivement, se faisait jour. En fin de matinée à Sétif, puis dans l'après-midi à Guelma, les militants du P.P.A. brandissent des drapeaux algériens, des banderoles appelant à la libération de leur leader politique Messalih Hadj, se mêlent à la commémoration officielle. Des fusillades éclatent. Des européens sont blessés ou tués. La réponse coloniale française, avec l'assentiment des gouvernements Anglais et Américain, sera féroce, dans tout le Constantinois, berceau du nationalisme algérien. Arrestations massives, villages pillés et brûlés, assassinats collectifs. Le bilan des "évènements dans le Constantinois" fourni fin juin par le Ministre de l'Intérieur fait état sera de 102 morts européens et environ 1 500 "indigènes". Les nationalistes algériens annoncent 45 000 victimes. Le renseignement anglais indiquait à la mi-mai "au moins 6 000 morts et 14 000 blessés algériens". Un rapport des services secrets américains de début juillet parle lui de plus de 17 000 morts. Les travaux des historiens situent aujourd'hui le bilan entre 15 000 et 30 000 morts algériens. Assassinés sauvagement par les troupes régulières au sol, les canons de la Marine, les avions de l'Armée de l'Air, les milices des colons.
Quasi privés de leurs droits sociaux, juridiques et politiques, nos "indigènes" étaient bons pour faire de la chair à canon, mais pas pour être reconnus comme des citoyens. Quelques exceptions : l'émergence d'une petite bourgeoisie indigène fut favorisée, notamment issue des familles détenues un temps à la prison de l'île Sainte-Marguerite après la prise de la Smala d'Abd El Kader le 16 mai 1843 par les troupes du Duc d'Aumale (note 1). Une sélection parmi les sujets à fort potentiel et qui serviraient plus ou moins fidèlement le maître Français. La masse algérienne n'avait pas le droit à l'éducation (pourtant obligatoire depuis Jules Ferry ...). Un double collège électoral (européen d'un côté, indigène de l'autre) foulait aux pieds le principe "un homme/une voix" : était-on alors dans le cadre d'une France Républicaine, ou plutôt dans celui de cette France raciste qui perdure encore de nos jours, sous l'aspect du racisme ordinaire de la "France d'en bas" ou du plus abject encore racisme d'une certaine "élite" bien-pensante, fière d'être intelligente, cultivée, littéraire (note 2). Ou de la vision plus que passéiste du pitoyable discours prononcé à Dakar l'été dernier par le tout nouveau Président Sarkozy (discours écrit par le "mentor" élyséen Claude Guéant, et truffé de références à l'idéologie du XIXe siècle qui voyait au mieux l'Afrique comme peuplée d'enfants, inaptes à se projeter dans l'avenir, ou au pire comme définitivement arriérés - note 2).
Oui, il y a un autre 8 mai 1945 à commémorer. Alors que nous n'avons pas fini de payer le prix de 132 ans de présence coloniale et impérialiste en Algérie. Alors que le combat du P.C.A. et des forces progressistes étaient à l'opposé de celui du FLN, ce dernier a imposé sa force, sa brutalité. Il n'y aurait pas d'Algérie fraternelle, progressiste, multi-confessionnelle, pluri-ethnique. Il y aurait des massacres, le drame de l'exil vers la métropole pour tant de harkis et de pieds-noirs. Et finalement, le départ du colonisateur, après tant de larmes, tant de sang versé, tant d'occasions manquées d'établir une vraie paix. Quel gâchis sur celle belle terre algérienne !

Note 1 : près de 800 personnes avec femmes et enfants.
Note 2 : qu'on lise Jules Romain (Académicien Français, auteur de la somme en 27 volumes "Les Hommes de bonne volonté", Grand Officier dans l'Ordre de la Légion d'Honneur) "il m'est arrivé d'avoir en face de moi une rangée d'une vingtaine de noirs purs. Je ne reprocherais même pas à nos nègres et négresses de mâcher du chewing-gum. J'observerais seulement que ce mouvement a pour effet de mettre les mâchoires bien en valeur et que les évocations qui nous viennent à l'esprit vous ramène plus près de la forêt équatoriale que de la procession des Panathénés. La race noire n'a encore donné et ne donnera jamais un Einstein, un Stavinsky, un Gershwin". Ou très récemment, de Richard Millet, l'éditeur du très polémique "Les Bienveillantes" de Jonathan Littell, "l'immigré est aujourd'hui une figure autrement considérable que l'écrivain. Les belles âmes ont travesti en question éthique ce qui relève de l'économique. Dans ce wagon de métro qui m'emmène vers la banlieue Nord de Paris, et où je suis le seul blanc et sans doute le seul français, je songe à cette expression sociologique en vigueur il y a une trentaine d'années : "le seuil de tolérance à l'immigration ". Si je dis que l'Afrique, à l'exception de la chrétienne Ethiopie, ne m'intéresse pas, que je m'y sens esthétiquement indifférent, si je dis que je n'ai jamais désiré une Africaine, et que je vois ce continent à peu près comme le narrateur du roman de Conrad "au coeur des ténèbres" cela implique-t'il que je sois raciste ?" extraits de "L'opprobre : Essai de démonologie " publié le 6 mars 2008 chez Gallimard.

Sources utilisées :
Celle qui a ré-activé ma mémoire de cet autre 8 mai
* Canard Enchaîné, édition du 7 mai 2008, page 7
Celles qui m'ont permis des vérifications croisées :
* Lignes de Fuite, Edwy Plenel, 3 mai 2008
* L'Autre mai 1945, documentaire de Yasmina Adi
Une référence culturelle à la Démocratie Athénienne et les Panathénés :
* Panathénés : http://www.intellego.fr/index.php?PageID=print-document&document=2491